Si vous écrivez les paroles de vos chansons, il y a probablement une langue dans laquelle vous préférez écrire, et que vous choisissez automatiquement, par défaut.

Pourtant, il peut être intéressant de changer de langue d’écriture de temps en temps.

Je vous vois déjà me demander : « Mais pourquoi je ferais ça ? Et même si je voulais, comment on fait ? ».

Pas de panique : voici ma réponse à ces questions.

Pourquoi écrire dans une autre langue?

Pour sortir de sa zone de confort

C’est une expression très galvaudée, j’en conviens. Pourtant, une des choses les plus difficiles quand on est artiste, c’est se renouveler.

On a vite fait de reproduire ce que l’on sait déjà, surtout quand on compose et écrit depuis un certain temps, et de rester dans ce que l’on appelle très communément sa zone de confort.

Les moyens d’en sortir sont multiples, par exemple s’imposer des contraintes de composition. Changer de langue d’écriture en est un autre exemple.

Votre texte repose de façon non-négligeable sur la langue dans laquelle il est écrit, donc les mécanismes auxquels vous allez faire appel seront totalement différents.

Par exemple, si vous écrivez dans une langue qui n’est pas dans votre langue maternelle, il vous sera moins naturel de trouver des rimes.

Il est alors possible que vous deviez vous baser sur un dictionnaire de rimes, et que ce dictionnaire vous révèle des mots et des idées auxquels vous n’auriez peut-être même pas pensé dans une autre langue !

D’ailleurs, si votre palette de genres musicaux est restreinte et que vous voulez vous essayer à d’autres styles, changer de langue peut sans aucun doute vous aider.

Dans mon cas, je n’écrivais jamais de chansons à texte avec un ton humoristique, jusqu’à l’année dernière, quand j’ai accepté d’écrire en français pour une fois.

Il y a sans doute des genres musicaux dans lesquels vous ne vous voyez pas écrire dans votre langue habituelle. C’est donc l’occasion pour vous d’en changer !

Pour donner à vos phrases de nouvelles sonorités et une nouvelle rythmique

La poésie ne fonctionne pas de la même façon dans toutes les langues – la prose non plus mais c’est encore plus frappant lorsqu’on écrit en vers.

Il est donc très probable que l’accent tonique soit placé différemment, ou que la mise en rimes n’ait pas les mêmes règles que dans la langue dans laquelle vous écrivez habituellement.

Par exemple, la poésie en anglais se repose beaucoup plus sur l’alternance de syllabes fortes et faibles que celle en français.

De la même façon, écrire dans une autre langue vous donnera l’occasion d’utiliserdes sons qui n’existent pas dans votre langue habituelle.

Ça n’a l’air de rien, dit comme ça, mais ça a son importance. Faisons un petit test : choisissez une chanson que vous adorez, et qui est écrite en anglais, et prenez-en deux ou trois lignes au hasard.

Puis, traduisez-les en français. Ou même dans une autre langue.

Maintenant, essayez de remettre ce texte sur l’instrumental d’origine. Ça ne donne pas la même chose, pas vrai ?

Les sonorités, le rythme, bref : tout ce qui est propre à une langue, et en fait une façon de parler unique, imprègne votre texte, donc changer de langue lui donnera une tout autre saveur.

Pour parler différemment à votre public

Si vous écrivez, de même que si vous parlez, il est probable que vous cherchiez à être écouté·e. Or, changer de langue veut aussi dire changer de public.

C’est particulièrement évident avec l’anglais : vous aurez sans doute remarqué que beaucoup d’artistes non-anglophones écrivent en anglais – au moins en partie.

C’est probablement pour s’adresser à un public plus large, puisque l’anglais est bien plus international que le français en ce qui concerne la musique.

Pourtant, ça ne veut pas forcément dire qu’il est toujours préférable d’écrire en anglais.

Votre but n’est sans doute pas toujours d’atteindre l’audience la plus large, et écrire dans une langue moins internationale vous permettra de toucher votre public autrement.

Pour citer un exemple type, une chanson engagée en français touchera sans doute en majorité les francophones, mais elle le fera de façon beaucoup plus profonde.

D’ailleurs, le choix de votre langue d’écriture va aussi changer la façon dont votre public recevra votre chanson.

Mettons que vous chantiez ce soir devant un public francophone : il est alors très probable que l’audience soit majoritairement plus réceptive aux paroles de vos chansons en français, et pour celles dans d’autres langues, à d’autres éléments – les instruments, le beat, la ligne mélodique, …

Comment écrire dans une autre langue

Maintenant que vous êtes décidé·e à changer de langue d’écriture, il s’agit de s’y mettre. Voici (attention, expression sur-utilisée) une liste non-exhaustive de conseils pour vous rendre la vie plus facile.

Écoutez cette langue

Écrire sans connaître une langue, simplement avec un dictionnaire par exemple, risque de donner un texte un peu maladroit (à moins que ce ne soit la contrainte d’un exercice de style, auquel cas, belle façon de sortir de votre zone de confort !).

Il peut donc être utile d’écouter d’autres chansons dans cette langue.

Cela vous permettra de mieux appréhender ses mécanismes, notamment cette nouvelle rythmique et ces nouvelles sonorités dont le parle un peu plus haut, mais aussi les expressions typiques, par exemple.

D’ailleurs, n’hésitez pas à avoir les paroles sous les yeux lorsque vous écoutez, cela vous aidera à mieux lier les sons et les mots.

Aidez-vous d’un dictionnaire

Je vous entends déjà me répondre : “Mais tu viens de dire que s’aider d’un dictionnaire ne suffisait pas“… et c’est vrai !

Ce n’est pas suffisant, mais ça s’avère souvent nécessaire en complément à d’autres aides, surtout lorsque vous ne parlez pas couramment la langue.

Chacune a ses subtilités, et un dictionnaire sera sans aucun doute un appui non-négligeable.  Il en va d’ailleurs de même pour un dictionnaire de rimes.

Ma technique perso : combiner un dictionnaire de rimes avec un dictionnaire lexical. Ça me permet de découvrir des mots que je ne connaissais pas et même de placer des figures de style dans mes textes…

Faites lire/écouter le résultat par d’autres personnes

Les gens qui parlent couramment la langue en question ont sans doute l’habitude de l’entendre.

Ils pourront donc vous donner un avis expert et (espérons-le) constructif sur votre texte, notamment sur les petites subtilités de la langue qu’une personne non-native ne saisirait pas au premier coup d’œil.

Écrire, raturer, remanier

Vous connaissez l’adage : c’est en forgeant qu’on devient forgeron. C’est donc en faisant des erreurs, en recommençant et en refaisant qu’on apprend.

N’hésitez jamais à demander l’opinion de votre entourage – que ces personnes parlent ou non la langue d’ailleurs, et si cet avis est constructif, prenez-le non pas comme une critique, mais comme une occasion de vous améliorer !

Comme pour toute discipline, le métier rentre en faisant. Il faut donc s’entraîner, et surtout ne pas craindre de faire des erreurs.

À présent que vous avez toutes les clés en main, il n’y a plus qu’à sauter le pas.

Mettez vos écouteurs, sortez votre dictionnaire et emparez-vous de votre ami·e bilingue – mais pas trop fort quand même –, et plongez dans un univers fait de nouvelles sonorités et de rythmiques inhabituelles pour donner à votre composition des saveurs et couleurs inédites.

Recevez Le kit de départ du producteur

La ressource par excellence pour le studio, le mixage et la composition.

Et voilà! Vérifie ta boîte de courriels!